En Chine avec maitre YAO Chengguang

Cet article est la traduction d’un article que j’ai écrit sur le site de YAO Chengguang lorsque j’étais en Chine, début 2010, après 10 mois de pratique à ses côtés.

 

 

 

Je pratique les arts-martiaux depuis que je suis adolescent. J’ai pratiqué différents styles, mais au fur et à mesure que les années passaient, j’avais de plus en plus la sensation que quelque chose manquait dans ma pratique. J’avais la sensation que tout était très externe.

 

 

Par exemple, la boxe thaïe est une très bonne technique de combat et plutôt efficace, mais elle est très physique et externe.

On n’apprend pas vraiment à utiliser le corps correctement pour maximiser l’efficacité des coups. Et en général, plus on vieilli, plus c’est difficile de pratiquer, car comme ça reste très externe, avec le temps, les muscles s’affaiblissent et le tonus diminue.

 

J’ai découvert pour la première fois le Yiquan alors que j’étais adolescent. Mon prof de karaté ouvrait une classe de Yiquan. J’ai vraiment eu un bon feeling pour cette discipline, mais à ce moment-là, je n’avais pas le temps, donc j’ai dû laisser tomber.

Après différentes tentatives d’y revenir, j’ai finalement décidé de prendre du temps pour m’investir plus profondément dedans en allant en Chine, directement à la source.

 

Il existe plusieurs bon professeurs de Yiquan à Pékin, mais comme je connaissais la généalogie du style, je suis allé vers YAO Chengguang, le fils aîné de YAO Zongxun.

Cela fait maintenant presque 10 mois que je suis avec lui, tous les jours, toute la journée, et depuis que je suis arrivé, je n’ai jamais été déçu. Je pense que c’est vraiment ce que je recherchais depuis toutes ces années.

 

De ce que j’en comprends, et du point de vue de ma petite expérience avec, c’est une discipline qui est très bonne pour la santé et pour le corps d’une façon générale: si le corps n’est pas suffisamment en bonne santé, c’est difficile de tenir un combat…

 

Quand j’ai commencé la pratique du Yiquan, j’avais la sensation que j’étais constitué de plein de petits morceaux éparpillés sans aucune connexion entre eux. Un peu comme si les différents styles que j’avais appris jusque-là étaient comme différentes parties d’une coquille vide, sans lien et sans cohérence entre elles.

 

Au fur et à mesure de ma pratique, j’ai rapidement ressenti que toutes ces parties commençaient à se connecter, pour avoir plus de cohérence, et  que la coquille commençait à se remplir aussi.

 

Maintenant que ma pratique grandit petit à petit, j’ai de plus en plus la sensation que mon corps entier n’est qu’un seul morceau, que toutes les différentes parties sont connectées et bougent ensemble.

 

De ce que j’en comprends, c’est un des buts de la pratique: avoir le corps entier unifié, et lorsqu’on donne un coup, c’est le corps entier qui le donne tout en même temps; pas juste un bras ou une jambe qui est envoyée en l’air.

De cette façon, il est plus facile de donner une direction au coup, et de rester centré. On devient alors plus stable, plus fort et plus rapide. Et comme le corps est positionné correctement, on se fatigue moins sans l’abimer.

 

Une des clés du système est ce qu’on appelle les postures d’enracinement. Quand je suis arrivé il y a 10 mois, j’avais de nombreux problèmes au dos, à la nuque, aux épaules et au bassin. Au départ, pendant les postures, mon dos me faisait vraiment mal: j’étais mal positionné.

Petit à petit, avec une intention adaptée et une pratique régulière, j’ai ajusté ma position et j’ai senti mon corps qui se renforçait. Maintenant, mes épaules et ma nuque me font encore un peu mal, mais rien à voir avec avant. Mon dos et mon bassin semblent avoir trouvé une position correcte, car ils ne me font plus mal du tout.

L’avantage des postures est que plus on tient longtemps en une fois, plus on doit se relâcher, et plus on doit avoir une position corporelle correcte.

Si on reste 5 ou 10 minutes avec une mauvaise posture, ça peut faire un peu mal, mais on peut encore le supporter. Par contre si c’est une heure, là ça devient réellement douloureux, et si on force, ça peut être plutôt mauvais pour le corps. Donc avec un temps de tenue plus long, il est réellement nécessaire d’ajuster la posture pour avoir une position correcte. De cette façon on renforce la structure interne du corps, et on lui apprend à rester relâché dans la tension.

 

Ensuite, les shili, nous apprennent à bouger le corps comme un seul morceau sur des mouvements plus amples, et les fali nous apprennent à orienter l’explosion de la force en utilisant le corps dans son ensemble.

Les poussées des mains (tuishou) préparent au combat rapproché, et le sanshou (combat libre), pour le combat autant sur courte que longue distance.

 

Ce que j’apprécie avec l’enseignement de YAO Chengguang, c’est que c’est une façon d’apprendre pas à pas. Un peu comme de l’eau qui petit à petit, pénètre les choses dans lesquelles elle veut rentrer, sans même que l’on s’en aperçoive, jusqu’à ce qu’elle soit complètement à l’intérieur.

 

Son système a plusieurs niveaux. Pour chacun d’entre eux, les postures et mouvements extérieurs sont les mêmes, mais à chaque fois, l’intention change: plus le niveau augmente, plus petits sont les mouvements et plus la force est explosive, en étant de plus en plus relâché dans la tension, et donc on devient plus rapide.

 

Le système est en fait très complet car il implique l’être dans son ensemble: il nous apprend à utiliser le corps et l’esprit ensemble dans la même direction.

 

Cependant, comme c’est une boxe (quan), l’importance est plus mise sur les bras et les mains, et moins sur les coups de pieds. Par contre, quelque chose qui est complètement absent, c’est le travail au sol.

 

Ceci étant, même si le système de maître YAO peut être comparé à de l’eau, et qu’il donne des résultats plutôt rapidement, si rien ne pousse l’eau, elle ne pénètrera rien et n’ira jamais nul part.

Donc comme n’importe quel style d’art-martiaux, il faut du temps et de la pratique.

 

Et le bon côté de la chose est que, plus on pratique, plus on a de sensations et plus c’est agréable de s’entrainer. Et c’est sans fin…

Taggé art martiaux, chine, enracinement, kung fu, Yao chengguang, yiquan.Mettre en favori le Permaliens.

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